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19/02/2008 - Le point sur la mission Guérir de l’AFM, bilan 2007 et orientations 2008 avec Serge Braun, responsable de la Direction du développement des thérapeutiques à l’AFM

Depuis le premier Téléthon en 1987, la compréhension des maladies neuromusculaires a énormément progressé et, au fil des ans, pistes thérapeutiques et essais chez l’Homme se sont multipliés. De fait, en 2006, l’AFM a amorcé le “grand virage des traitements”.
Aujourd’hui, soit deux ans après cet engagement sur le chemin du médicament, Serge Braun, responsable de la Direction du développement des thérapeutiques à l’AFM, dresse le bilan des actions 2007 et présente les orientations de l’association pour l’année à venir.

Site AFM : La stratégie de l’AFM, pour sa mission Guérir, a-t-elle évolué en 2007 ?
Serge Braun : La stratégie de recherche de l’AFM poursuit son évolution vers un renforcement des projets dits de développement. Cela signifie que l’association est de plus en plus volontariste en direction de la mise au point des médicaments.
Par ailleurs, aujourd’hui, l’AFM pense de plus en plus son action en termes de réseaux de chercheurs et de médecins, mais aussi d’associations de patients.
Pour autant, ce changement d’approche n’a pas tout bouleversé. Ainsi, toutes les pistes thérapeutiques — pharmacologique, cellulaire et génique — restent complémentaires, doivent être explorées et ont donc été soutenues par l’association. Dans le même esprit, les recherches fondamentales visant à mieux comprendre l’origine et les mécanismes des maladies neuromusculaires font toujours partie des préoccupations de l’AFM.

Site AFM : Ces évolutions ont-elles des conséquences concrètes sur la manière dont l’AFM applique sa stratégie ?
S. B. : L’AFM continue à lancer des appels d’offres ou des actions thématiques destinés au financement de nombreuses équipes de recherches. En outre, elle a créé des structures propres comme le Généthon, l’Institut de Myologie et I-Stem. Enfin, elle engage toujours des partenariats industriels et publics et participe au développement de pôles d’excellence comme la Génopôle®.
Cependant, le développement des traitements nécessite des budgets plus élevés que la recherche fondamentale. Parce que des choix sont nécessaires, les appels d’offre sont aujourd’hui plus sélectifs et le niveau d’exigence vis-à-vis des projets présentés à l’association s’est encore accru. Parallèlement, ses programmes stratégiques se sont multipliés, bénéficiant de moyens conséquents, afin d’augmenter sa force de frappe.

Site AFM : Quel est le bilan 2007 des actions entreprises dans le cadre de la mission Guérir ?
S. B. : La stratégie volontariste de l’AFM en direction du développement des traitements s’est traduite en 2007 par le renforcement du soutien aux essais thérapeutiques chez l’Homme. A ce jour, ces essais cliniques — en cours ou en préparation — sont au nombre de 40 et s’adressent à près de 30 maladies, neuromusculaires et autres.
Ainsi, par exemple :
• Certains essais chez l’Homme se sont achevés cette année :
> Le traitement de thérapie génique dans ADA-SCID, un déficit immunitaire sévère, mené par l’équipe de Maria Grazzia Roncarolo du Tiget (Milan) et soutenu par les Téléthons français et italien, fait aujourd’hui l’objet d’un processus de consultation auprès de l’Agence européenne du médicament (EMEA) en vue d’une demande d’Autorisation de mise sur le marché (AMM). Si celle-ci est accordée, ceci pourrait donc être le premier traitement au monde de thérapie génique pour une maladie génétique.

> Les résultats encourageants de l’essai de saut d’exon à l’aide d’oligonucléotides anti-sens dans la myopathie de Duchenne, mené par la société hollandaise Prosensa chez 4 jeunes malades, ont ouvert la voie à un nouvel essai. La méthode d’injection retenue (injection sous-cutanée) pour celui-ci permettra une distribution du produit à l’ensemble de la musculature des malades.

> L’essai de “translecture des codons Stop” dans la myopathie de Duchenne, mené par la société américaine PTC Therapeutics, a montré la faisabilité et l’innocuité de la prise orale d’un médicament, le PTC124. Actuellement, la société prépare une étude internationale à plus grande échelle à laquelle au moins trois centres d’investigation clinique français — dont l’Institut de Myologie — ont été invités à participer.

> Les premiers résultats de l’essai de greffe de 10 cm2 de peau corrigée par transfert de gène chez un malade affecté par l’épidermolyse bulleuse (une maladie de la peau), mené par Michele De Luca de l’université de Modène (Italie), ont montré l’efficacité de cette approche.

> L’évaluation du bézafibrate — un médicament utilisé pour lutter contre le cholestérol — dans la forme adulte du déficit en carnitine-calmitoyl-transférase 2 (CPT2) est terminée. Les résultats de cet essai mené par Jean-Paul Bonnefont de l’hôpital Necker – Enfants malades et Pascal Laforêt de l’Institut de Myologie devraient être publiés sous peu.

• D’autres essais chez l’Homme ont débuté et d’autres encore ont passé une étape importante durant cette année :
> L’essai de thérapie génique dans la gamma-sarcoglycanopathie, une maladie neuromusculaire, dont Généthon est le promoteur, a débuté en décembre 2006 et se poursuit dans le service de Serge Herson de l’hôpital de La Pitié-Salpêtrière.

> L’essai de transfert de gène dans des cellules souches du sang afin de traiter l’adrénoleucodystrophie (ALD) mené par Patrick Aubourg et Nathalie Cartier Lacave de l’hôpital Saint Vincent de Paul (Paris) a débuté en décembre 2006.

> L’essai de transfert de gène dans des cellules souches du sang afin de traiter la drépanocytose et la bêta-thalassémie Eliane Gluckman de l’hôpital Saint-Louis (Paris) a débuté en décembre 2006.

> Les 180 patients nécessaires à l’essai visant à évaluer l’efficacité de la vitamine C dans la maladie de Charcot-Marie-Tooth de type 1A (CMT 1A) sont aujourd’hui tous inclus. En outre, ce traitement vient d’obtenir le statut de médicament orphelin pour cette indication auprès de l’Agence européenne du médicament (EMEA).

> L’inclusion des 150 patients prévus pour l’essai du riluzole — un médicament déjà utilisé dans la sclérose latérale amyotrophique (SLA) — dans l’amyotrophie spinale (SMA) s’est achevée en 2007.

• Enfin, durant 2007, certaines équipes se sont lancées dans la préparation de nouveaux essais chez l’Homme :
> L’équipe de Nicolas Lévy de l’hôpital de la Timone à Marseille prépare l’étude de l’efficacité d’un traitement pharmacologique chez des patients affectés par la progéria, une maladie qui se traduit par un vieillissement prématuré des enfants. Cet essai devrait débuter courant 2008.

> Généthon développe deux essais cliniques respectivement dans l’alpha-sarcoglycanopathie et le syndrome de Wiscott-Aldrich.

Outre les essais thérapeutiques, en 2007, l’AFM a soutenu plus de 400 projets dans le cadre de ses appels d’offres (général et Décrypthon), des projets hors appels d’offres et du soutien aux colloques.
D’autre part, l’ancrage de Généthon dans le développement des thérapies a amené certaines de ses équipes à rejoindre l’Institut de Myologie. Ce glissement permet à ces équipes de travailler au plus près des médecins et des malades et à Généthon de se concentrer sur la mise en place de ses essais. Ainsi, par exemple, tandis que Généthon développe un essai de thérapie génique dans la myopathie de Duchenne à l’aide d’un petit gène U7 facilitant le saut d’exon, l’équipe de Luis Garcia continue les recherches portant sur cette approche au sein de l’Institut de Myologie. Par ailleurs, toujours à Généthon, l’équipe d’Isabelle Richard (CNRS-FRE3087) vient de démontrer, chez la souris, l’efficacité d’une nouvelle stratégie thérapeutique, pharmacologique, pour certaines mutations de l’alpha-sarcoglycanopathie ou LGMD2D, une myopathie des ceintures récessive.

Enfin, le réseau européen d’excellence sur les maladies neuromusculaires TREAT-NMD a été lancé en janvier dernier. Son action est centrée sur le développement des outils nécessaires aux thérapies innovantes, tout d’abord dans la myopathie de Duchenne et l’amyotrophie spinale avant d’être étendus à d’autres pathologies. D’ores et déjà, le réseau a mis en place certains de ces outils parmi lesquels :
• l’extension des registres de patients dans la myopathie de Duchenne à 19 pays,
• le démarrage du recensement des centres d’essais cliniques en Europe en vue de déterminer les moyens, les ressources et les savoir-faire disponibles,
• l’établissement de consensus dans la prise en charge des patients et l’évaluation fonctionnelle des traitements,
• l’intégration au sein du réseau d’Eurobiobank, la banque européenne d’ADN, de cellules et de tissus.

Dans le même temps, 4 associations internationales de patients — AFM, Muscular Dystrophy Association (Etats-Unis), Parent Project Muscular Dystrophy (Etats-Unis), United Parent Project Muscular Dystrophy (Pays-Bas) — ont signé une “Alliance Internationale pour une Recherche Coordonnée sur la Myopathie de Duchenne” (ou DRCI). Cette alliance va permettre aux associations de coordonner leurs actions et d’unir leurs forces afin d’accélérer le développement des traitements.

Site AFM : En 2008, quels sont les objectifs de l’AFM concernant la mission Guérir ?
S. B. : Aujourd’hui, les pistes thérapeutiques et les essais cliniques se multiplient. De fait, nous n’en sommes plus à rechercher des preuves de principe thérapeutiques. Nous devons maintenant raisonner en termes de traitement. Autrement dit, nous sommes passés dans une phase de véritable développement de médicaments.
Cela implique pour l’association de renforcer le soutien des porteurs de projets d’essais. Elle s’est donc dotée d’une équipe “métiers” dont le rôle est d’apporter un soutien logistique et administratif aux essais cliniques comme la rédaction des dossiers réglementaires.
Dans le même esprit, l’AFM soutiendra les études visant au développement des outils d’évaluation fonctionnelle tant chez l’animal que chez l’Homme. En effet, ce type de mesures va de pair avec la multiplication des essais dont l’objectif est d’évaluer l’efficacité des traitements.

Si l’AFM est résolument ancrée dans le développement des médicaments, elle reste consciente que même prometteurs, ceux-ci ne pourront pas répondre à toutes les pathologies. Aussi, l’association continuera à soutenir les recherches innovantes qui se présenteront à elle. Par exemple, cette année, le Conseil d’administration souhaiterait investir dans de nouvelles approches de “chirurgie du gène” ou plus justement appelées “chirurgie de l’ADN” puisqu’elles permettent de corriger les anomalies génétiques au cœur même du génome.

Enfin, l’union faisant la force, l’AFM souhaite continuer à intégrer le réseau français des scientifiques mais aussi des associations de patients au plan international. L’association continuera donc à s’investir dans Treat NMD et DRCI mais aussi dans des réseaux de recherche comme Myores qui étudie la biologie du muscle, ou des programmes de criblage moléculaire [qui consiste à tester un grand nombre de molécules afin d’en trouver certaines susceptibles de devenir des médicaments, ndlr.].

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