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28/03/2008 - La vitamine C, un traitement de la maladie de Charcot-Marie-Tooth de type 1A reconnu par l’Europe

L’Agence européenne du médicament (EMEA) vient de rendre un avis positif concernant l’attribution du statut de médicament orphelin au traitement à base d’acide ascorbique, plus connu sous le nom de vitamine C, qui fait actuellement l’objet d’un essai thérapeutique — soutenu par l’AFM — chez des malades affectés par la maladie de Charcot-Marie-Tooth de type 1A (CMT 1A). Cette désignation pour un médicament aussi commun peut surprendre. Cependant, il s’agit bien d’une avancée importante pour les malades comme l’explique Karen Pinachyan, médecin responsable des opérations de Murigenetics SAS, la start-up marseillaise créée en 2005 pour le développement de ce traitement et pour d’autres destinés aux maladies rares.

AFM : La future* désignation du statut de médicament orphelin par la Commission européenne, après avis de l’Agence européenne (EMEA), pour le traitement à base de vitamine C dans la maladie de Charcot-Marie-Tooth de type 1A a-t-elle une influence sur l’essai actuellement mené ?
Karen Pinachyan : Non, mais en accordant ce statut, l’Agence européenne du médicament reconnaît la validité de l’hypothèse scientifique qui a été posée, à savoir que l’acide ascorbique est un traitement potentiel pour cette maladie. De plus, ce statut est une aide précieuse pour la suite de son développement.

* La Commission Européenne à signé définitivement le 01/04/08 la designation de médicament orphelin pour l'Acide Ascorbique sous le numéro EU/3/08/53.

AFM : En l’occurrence, en quoi consiste ce développement ?
K. P. : Tout d’abord, celui-ci va dépendre des résultats de l’essai. Cependant, si ceux-ci sont positifs, il faudra par exemple développer une forme galénique adéquate pour les malades car le conditionnement actuel des comprimés de vitamine C est difficilement compatible avec une prise quotidienne à des doses élevées. Ainsi, pour certains malades, il sera délicat de sortir de leur emballage 3 comprimés tous les jours de leur vie. Dans le même esprit, 3 grammes de vitamine C dans sa forme actuelle représentent l’équivalent d’une pastille de lessive pour un lave-vaisselle ! Autant dire qu’il n’est pas concevable de donner un tel comprimé aux malades. Bien sûr, l’acide ascorbique est un médicament générique et donc très commun, mais ces recherches vont nécessiter un réel investissement financier ; d’où l’intérêt pour les investisseurs de l’exclusivité commerciale que confère le statut de médicament orphelin et des aides financières qui y sont associées.

AFM : Dans le même esprit, ce développement va-t-il demander d’autres essais cliniques ?
K. P. : En effet, quels que soient les résultats du premier essai, d’autres études seront nécessaires, sans doute avec plus de patients et à plus long terme, pour obtenir une autorisation de mise sur le marché (AMM). Là encore, le statut de médicament orphelin est très important car nous pourrons bénéficier de “l’assistance à l’élaboration de protocole de recherche”. Celle-ci permet de construire l’essai en répondant en amont aux exigences des agences réglementaires ce qui augmente les chances que le protocole soit accepté plus rapidement. Enfin, comme pour le développement d’une nouvelle forme galénique, les aides financières associées au statut de médicament orphelin seront une aide précieuse pour un tel essai dit de phase III qui sera bien plus coûteux que celui mené actuellement.

AFM : Mais pourquoi l’obtention d’une AMM est nécessaire alors que la vitamine C est déjà un médicament disponible ?
K. P. : Une AMM est toujours accordée à une molécule pour une ou plusieurs maladies bien définies. Le couple “médicament – maladie” est indissociable. Aussi, quand un médicament est préconisé pour une autre indication et donc pour d’autres patients, il doit impérativement obtenir une nouvelle AMM. L’actuelle AMM de la vitamine C permet d’en prescrire jusqu’à 1 gramme par jour pour des maladies qui n’ont rien à voir avec la CMT. De fait, la prescription d’une dose supérieure destinée aux malades affectés par la CMT1A est considérée comme un nouveau traitement et doit donc faire l’objet d’une nouvelle AMM.
Par ailleurs, l’AMM européenne présente plusieurs avantages. D’une part, cela signifie que le traitement sera autorisé dans tous les pays de la communauté. D’autre part, cela nous permettra de demander son remboursement. Actuellement, la vitamine C n’est pas remboursée, ce qui n’est pas un grave problème dans la mesure où les gens n’en prennent que ponctuellement. En revanche, si son effet positif se confirme pour la CMT1A, un tel traitement quotidien représentera un budget très élevé pour les familles. Bien sûr, c’est sans commune mesure avec les traitements de type thérapie génique ou cellulaire, mais ce ne sera pas anodin non plus.

AFM : Même si les résultats du premier essai sont encourageants, cela signifie-t-il que pour recevoir ce traitement, il faudra impérativement attendre cette AMM européenne ?
K. P. : Non, mais le traitement ne pourra être délivré que sous couvert d’une autorisation temporaire d’utilisation (ATU). En effet, tant que toutes les études ne sont pas faites, la prudence est de mise. Il faut donc que les malades traités soient suivis attentivement car même si la vitamine C est couramment utilisée, on ne connaît pas tous ses effets à long terme et avec de telles doses.

Propos recueillis par Françoise Dupuy-Maury

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