Du 21 au 23 juin derniers, à la faculté de médecine Pierre et Marie Curie (Paris), s’est tenu le congrès annuel de la Société francophone de thérapie cellulaire et génique (SFTCG). La direction scientifique de l’AFM revient sur les faits marquants de ces trois jours d’échanges entre jeunes chercheurs et scientifiques chevronnés qui ont fait le point sur les thérapies cellulaires et géniques mais aussi sur la sécurité de ces nouveaux traitements.Même si les essais chez l’Homme ne sont pas terminés, des résultats préliminaires intéressants ont-ils été présentés ?Direction scientifique AFM : Oui, par exemple pour l’essai mené dans la
dystrophie musculaire oculo-pharyngée (DMOP) par Jean Lacau Saint-Guily de l’hôpital Tenon (Paris); un essai soutenu par l’AFM grâce aux dons du Téléthon. Les 12 malades prévus ont tous été inclus et ont reçu la greffe de leurs propres myoblastes — des cellules du muscle prélevées dans des zones qui ne présentent pas de symptômes de la maladie — au niveau du pharynx. En outre, même si le suivi n’est pas terminé pour tous, les premiers résultats semblent indiquer une amélioration. De fait, l’équipe prépare un nouvel essai avec une dose supérieure de myoblastes. En matière de thérapie génique, la société hollandaise Prosensa a indiqué que l’injection sous cutanée d’oligonucléotides destinés à favoriser le saut d’exon est en cours chez 12 malades atteints de
myopathie de Duchenne. Le traitement actuel est de 1 mois, mais d’ores-et-déjà, un essai pour un traitement de 6 mois est en préparation.
Les essais pour des maladies non neuromusculaires sont-ils aussi encourageants ?D.S. : C’est le cas également. Les résultats de l’essai de thérapie génique pour l'amaurose congénitale de Leber, une maladie génétique des yeux, présentés par Robin R. Ali de l’University College London (Grande-Bretagne) sont particulièrement encourageants chez l’un des 3 malades traités comme en atteste le test d’obstacles. Une phase II est donc en préparation chez des malades plus jeunes et avec une dose supérieure afin de traiter une surface plus importante de la rétine. Dans le domaine du cancer, Maciej Malecki du Centre d’oncologie de Varsovie (Pologne) a, quant à lui, présenté une thérapie génique qui consiste à injecter directement dans une tumeur un plasmide (un ADN circulaire) porteur d’un gène qui inhibe sa croissance. A ce jour, 14 des 21 femmes traitées ainsi pour un cancer de la vulve inopérable ont vu leur tumeur diminuer suffisamment pour qu’une opération soit envisageable.
Mais qu’en est-il de la sécurité de ces nouvelles thérapies ?
D.S. : Comme l’a indiqué Jean Pages qui travaille à l’Afssaps [Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé, ndlr] et à l’EMEA [Agence européenne du médicament], pour ces thérapies, la notion de risque n’est pas facile à évaluer. Pour autant, cela ne bloque pas les essais. Par exemple, l’Afssaps s’est rendu compte qu’il y avait des problèmes sur de nombreux lots de cellules souches mésenchymateuses [des cellules capables de donner naissances à de nombreux tissus de l’organisme, ndlr.]. Elle a donc suspendu 6 essais et a nommé un comité d’experts pour étudier le problème. Or, aujourd’hui, elle envisage d’autoriser la reprise de 4 de ces essais. Dans le même esprit, la découverte par l’Afssaps d’un groupe de cellules qui s’est développé anormalement chez un des malades traités par thérapie génique pour la bêta-thalassémie [une maladie héréditaire du sang, ndlr.], n’a pas sonné le glas de cet essai car toutes les autres analyses sont normales. En revanche, l’Afssaps va avoir de nouvelles exigences visant à renforcer la sécurité des essais.
L’AFM mène-t-elle des actions spécifiques à la sécurité des essais ?D.S. : L’AFM est bien sûr très attentive à la sécurité des essais qu’elle soutient, mais ce n’est pas sa seule action dans ce domaine. Elle est notamment actionnaire de
GenoSafe, une société de services spécialisée justement dans la sécurité des produits biothérapeutiques et dans l’évaluation de leur efficacité.
Suite à ce congrès, avez-vous l’impression que la thérapie génique a passé un cap ?
D.S. : En effet, les chercheurs n’en sont plus à établir la preuve de concept de cette thérapie. Certes, ce n’est pas encore tout à fait une stratégie thérapeutique comme une autre, mais on n’en est plus à se demander si elle peut fonctionner. Aujourd’hui, on multiplie les maladies modèles pour l’améliorer et diversifier les stratégies ; une démarche à laquelle contribue l’AFM, grâce aux dons du Téléthon, en soutenant
12 essais en cours ou à venir dans des maladies rares des muscles, mais aussi du sang, de la peau, etc.