Dystrophie myotonique de Steinert

Autres appellations : maladie de Steinert, myotonie de Steinert, dystrophie myotonique de type 1

Mise à jour :
juin 2006, Tuy Nga Brignol (M.D.); validation, J. Andoni Urtizberea (M.D.); copyright AFM


Qu'est-ce que la dystrophie myotonique de Steinert ?
La dystrophie myotonique de type 1 (DM1 ou maladie de Steinert) appartient au groupe des dystrophies myotoniques. Ces maladies touchent plusieurs organes (maladies multisystémiques) : les muscles, les yeux, le système nerveux, l'appareil cardio-respiratoire, l'appareil digestif et les glandes endocrines.
La dystrophie myotonique de type 1 est une maladie génétique qui se transmet selon le mode autosomique dominant : une personne atteinte a un risque sur deux de transmettre l'anomalie responsable à chacun de ses enfants. La maladie peut s’exprimer avec une sévérité variable d'une personne malade à l'autre, même au sein de la même famille.
La maladie concerne en France 5 personnes sur 100 000, ce qui en fait l'une des maladies neuromusculaires les plus fréquentes.

Comment évolue-t-elle?
L'évolution est très variable selon les individus, parfois bénigne, parfois très invalidante (avec perte de la marche après 15 à 20 ans d'évolution et difficultés cognitives). L’espérance de vie peut être normale, à condition de surveiller le cœur et de prévenir les complications.
Au fil des générations, la maladie de Steinert survient plus précocement et elle peut être de plus en plus grave. En général, à la première génération, les signes sont modérés (cataracte) ; à la seconde, l'atteinte devient multisystémique (forme commune de l'adulte) ; à la troisième génération, 10% des mères atteintes peuvent avoir un enfant atteint d'une forme congénitale.
Les nouveaux-nés atteints de forme congénitale, lorsqu'ils ont passé le cap de la réanimation néonatale, grandissent avec un retard psychomoteur de sévérité variable.

Comment se manifeste-t-elle ?
La maladie débute en général chez l'adolescent ou l'adulte jeune. Il existe une myotonie (sensation de raideur due à une difficulté des muscles à se décontracter après un mouvement) ainsi qu'une dystrophie (atrophie et perte progressive de la force musculaire). La myotonie est généralement présente au niveau des mains et plus rarement au niveau des muscles de la mâchoire. L'atteinte des muscles concerne aussi le visage (difficultés d'expression, avec des mimiques pauvres), les yeux (chute des paupières supérieures ou ptosis) ainsi que les avant-bras, les mains, les jambes et les pieds (l’atteinte est plus volontiers distale que proximale, au moins au début de la maladie).
Le déficit musculaire associé au problème de steppage (pied tombant) aux es problèmes de vision peuvent provoquer indirectement le trébuchement ou la chute des patients.  Un état de somnolence peut entraîner une baisse d'attention, même pendant la journée et venir s'ajouter à des difficultés d'apprentissage. Les difficultés à écrire entraînent des problèmes de lisibilité. La myotonie en empêchant les mouvements alternés et rapides peut rendre difficile la réalisation de travaux requérant une manipulation fine. La dystonie du visage, les difficultés d¹articulation (dysarthrie) ou l'hypotonie des muscles du visage peuvent gêner la communication.

L'atteinte cardiaque (troubles du rythme ou de la conduction cardiaque) peut passer inaperçue, mais elle est fréquente et doit être systématiquement recherchée. Non dépistée, elle peut donner lieu à une mort subite laquelle peut être inaugurale.
Quasiment tous les patients ont une cataracte, souvent dès un âge précoce.
Les autres manifestations concernent le système nerveux central (troubles du sommeil et dépression), l'appareil digestif (troubles de déglutition, troubles digestifs), le métabolisme (diabète), voire d'autres organes (calvitie, stérilité).
Il existe une forme grave qui apparaît dès la naissance (forme congénitale), notamment lorsque la mère du nouveau-né est elle-même atteinte. Elle se traduit alors par une hypotonie néonatale sévère (enfant mou), avec un risque d'insuffisance respiratoire aiguë et de séquelles psycho-intellectuelles graves.

Comment fait-on le diagnostic ?
Le diagnostic est évoqué devant une myotonie manuelle, une fatigabilité musculaire, des signes oculaires et/ou cardiaques. L'examen oculaire à la lampe à fente par un ophtalmologiste met en évidence la cataracte d'aspect particulier, évocateur de la maladie. Le diagnostic suspecté cliniquement est alors confirmé par une l'analyse génétique pratiquée sur un simple prélèvement sanguin. Ce test génétique peut par ailleurs être pratiqué sur  des échantillons de trophoblastes ou de liquide amniotique dans le cadre d’un diagnostic prénatal.
En l'absence d'antécédents connus chez des parents encore jeunes, le diagnostic de la forme congénitale de la dystrophie myotonique de type 1 sera essentiellement basé sur l'analyse génétique.
L'enregistrement de l'activité électrique du muscle (électromyogramme) lorsqu'il est pratiqué, montre l'aspect caractéristique d'une myotonie.

Que peut-on faire ?
Il faut se faire suivre régulièrement pour passer un bilan musculaire, orthopédique, cardiaque, respiratoire, auditif, ophtalmique et diététique (risque de diabète).

L’atteinte cardiaque peut être précoce. Des investigateurs français ont d’ailleurs rapporté (novembre 2004) des perturbations du rythme cardiaque chez 11 jeunes âgés de 10 à 18 ans atteints de DM1. Dans plus de 50% des cas, le sport ou l'exercice physique a précipité la survenue des arythmies. Un test d'effort sous monitoring cardiaque chez les jeunes atteints de DM1 est par conséquent préconisé.
Le bilan neuropsychologique a pour intérêt, non pas de cataloguer les déficiences, mais d'objectiver les capacités dans un souci de rééducation et une prise en charge globale adaptées à chaque enfant.
Dans l'orientation professionnelle, le désir de l'enfant doit être entendu. Néanmoins, il est nécessaire de prendre en compte les contraintes de grande fatigabilité musculaire et attentionnelle que la maladie impose.
Une kinésithérapie régulière et soutenue est appréciée des patients.
La myotonie, les douleurs, les troubles de l'humeur bénéficient de traitements médicamenteux efficaces.
Les troubles du sommeil ou de la vigilance semblent être améliorée substantiellement par le modafinil.
La pose d'une pace-maker peut être recommandée pour prévenir les complications cardiaques.
Début novembre 2002, ont été publiés les résultats d'une étude confirmant l'intérêt de la pose d'un pace maker (comportant aussi des fonctions diagnostiques) en prévention de troubles du rythme cardiaque graves. Cette étude montre aussi l'importance d'implanter un pace maker chez des personnes présentant des anomalies électrocardiographiques moins marquées que celles qui motivaient la mise en place d'un pace maker jusqu'à présent, même en l'absence de manifestation ou de gêne cardiaque.

Pour la forme congénitale, les troubles néonataux relèvent d'un service de soins intensifs pédiatriques. Après son retour à la maison, l'enfant bénéficiera d'un suivi pluridisciplinaire médico-psycho-pédagogique.



À quoi est-elle due et où en est la recherche ?
La dystrophie myotonique est due à une anomalie génétique située sur le chromosome 19 (région 19q13.2-13.3). Il s'agit d'un triplet de nucléotides (CTG), répété de 50 à plus de 3000 fois chez la personne malade, alors qu'il ne l'est que de 5 à 37 fois chez le sujet sain. Plus ce triplet situé dans le gène DMPK est répété, plus la maladie est sévère.
La répétition du triplet inhibe la différenciation du muscle squelettique : les ARN messagers du gène DMPK, également porteurs du triplet anormalement répété, s'accumulent dans le noyau des cellules musculaires sous forme d'inclusions ribonucléoprotéiques ou foci. Ils interfèrent avec des ARN spécifiques du muscle et perturbent l'expression et l'activité des protéines responsables de l'arrêt du cycle cellulaire. Ils altèrent également l'expression des récepteurs à l¹insuline expliquant la survenue du diabète.
Une étude sur les muscles des souris transgéniques a montré que la répétition des ARN porteurs de grande amplification CUG entraîne une réduction du transport de chlore à travers la
Des travaux ont montré une anomalie de l'expression du gène MTMR1 (myotubularin-related 1) dans les cultures de cellules musculaires et dans les muscles des personnes atteintes de DM1. Ces données suggèrent que MTMR1 joue un rôle dans la formation du muscle et représente un nouveau site d'altération de l'épissage de l'ARNm.
Dans les cellules DM1, l’ARN mutant codé par le gène DMPK, s’accumule dans le noyau et se lie avec de nombreuses protéines pour former un foyer intranucléaire anormal. Il s’ensuit de nombreuses modifications fonctionnelles dans la cellule telles qu’une altération de l’épissage de l’ARN du récepteur à l’insuline (RI). Parmi les molécules interagissant avec l’ARN DMPK mutant, les chercheurs ont identifié les protéines « muscleblind » MBNL1 et MBLN2. Une équipe américaine a montré (février 2005) que la séquestration de MBNL1 par l’ARN DMPK mutant est le facteur déterminant de la formation du foyer et de la synthèse anormale du récepteur à l’insuline.
Les résultats d’une étude (juillet 2005) ont mis en évidence un niveau élevé de stress oxydatif chez les patients atteints de DM1 par rapport au groupe contrôle, confirmant ainsi un rôle pathogène des radicaux libres dans cette maladie.

Modifications dans le système nerveux central :
En avril 2003, lors du 4è congrès du Consortium International sur la dystrophie myotonique (DM), plusieurs communications ont montré l'implication du système nerveux central dans la DM.
Des inclusions ribonucléiques (semblables à celles trouvées dans le muscle atteint de DM) sont présentes dans 85% des neurones répartis dans le cerveau chez les personnes atteintes de dystrophie myotonique de Steinert (ou dystrophie myotonique de type 1, DM1).
La dégénérescence neurofibrillaire qui correspond à une accumulation de protéines tau anormales dans les neurones est présente dans le cerveau des personnes atteintes de DM1 et DM2. La protéine tau appartient à la famille des protéines associées aux microtubules. Elle joue un rôle primordial dans la constitution du réseau des microtubules du neurone. Elle est reconnue dans plusieurs maladies du cerveau telles que la maladie d'Alzheimer. Elle pourrait être impliquée dans les troubles cognitifs parfois rencontrés dans la DM1.

Pistes thérapeutiques
Une équipe canadienne a construit des vecteurs (ribozyme, antisens) pour détruire les ARN mutés et a obtenu une amélioration de l'état de cellules musculaires des patients. En collaboration avec des équipes françaises, ces vecteurs sont actuellement testés sur un modèle de souris DM1.
Une autre approche possible est l'utilisation d'agents pharmacologiques pour moduler l'instabilité des CTG dans le but de freiner la progression de la maladie. Plusieurs agents sont testés dans des modèles cellulaires avant d'être utilisés dans les modèles de souris.
L’équipe de J. Puymirat (Québec) a développé plusieurs techniques permettant de détruire les ARN mutés. Ils ont ainsi détruit près de 80 % de l'ARNm mutant dans des myoblastes humains traités in vitro., permettant de  restaurer le mécanisme de fusion normale des myoblastes et l'action de l'insuline. L’efficacité de cette technique va être étudiée sur un modèle souris. Les chercheurs espèrent développer par la suite un essai chez l’homme dans 3 ou 4 ans.
Un essai clinique de phase II dans le traitement de la maladie de Steinert (ou DM1) avec la molécule iPlex a été annoncé (janvier 2006) par l’entreprise de biotechnologie Insmed, l’Université de Rochester et la MDA (Muscular dystrophy Association). Ce composé est capable de restaurer et de maintenir le niveau du facteur de croissance IGF-1 (Insulin Growth Factor 1). Son utilisation dans la DM1 est basée sur des résultats préliminaires démontrant qu’IGF-1 peut restaurer et préserver la force musculaire.

Quoi de neuf sur les essais thérapeutiques ?
Pour connaître les essais thérapeutiques (terminés, en cours et à venir), consulter la rubrique « La recherche  - Essais thérapeutiques ».

Le groupe d'intérêt Steinert (myotonie de Steinert), des bénévoles concernés par la maladie à la disposition des familles
Vigilance, informations, échanges d’expériences, soutien… Il existe à l'AFM un groupe à votre écoute, spécialisé dans la myotonie de Steinert, animé par des bénévoles eux-mêmes touchés par ces maladies. Experts de leur maladie, ce groupe, s’il joue un rôle primordial en matière de soutien et d’entraide, dispose également de données précieuses pour la recherche et la prise en charge.
En étroite collaboration avec les services scientifiques et médicaux, ce groupe a donc une vocation nationale et bénéficie d'un secrétariat permanent. C’est le Conseil d’Administration qui précise les missions de ce groupe et le groupe lui restitue le fruit de leurs travaux. Au responsable bénévole de fédérer son équipe, proposer des actions, veiller à la vulgarisation de l’information scientifique destinée aux familles ou piloter les missions confiées par l’AFM, bilan budgétaire et d’activités à l’appui.

Pour contacter le groupe Steinert
Tél : 01 69 47 29 03/01 69 47 12 66/01 45 92 32 89
E-mail : steinert@afm.genethon.fr

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