À quoi est-elle due et où en est la recherche ?
La dystrophie myotonique est due à une anomalie génétique située sur le chromosome 19 (région 19q13.2-13.3). Il s'agit d'un triplet de nucléotides (CTG), répété de 50 à plus de 3000 fois chez la personne malade, alors qu'il ne l'est que de 5 à 37 fois chez le sujet sain. Plus ce triplet situé dans le gène DMPK est répété, plus la maladie est sévère.
La répétition du triplet inhibe la différenciation du muscle squelettique : les ARN messagers du gène DMPK, également porteurs du triplet anormalement répété, s'accumulent dans le noyau des cellules musculaires sous forme d'inclusions ribonucléoprotéiques ou foci. Ils interfèrent avec des ARN spécifiques du muscle et perturbent l'expression et l'activité des protéines responsables de l'arrêt du cycle cellulaire. Ils altèrent également l'expression des récepteurs à l¹insuline expliquant la survenue du diabète.
Une étude sur les muscles des souris transgéniques a montré que la répétition des ARN porteurs de grande amplification CUG entraîne une réduction du transport de chlore à travers la
Des travaux ont montré une anomalie de l'expression du gène MTMR1 (myotubularin-related 1) dans les cultures de cellules musculaires et dans les muscles des personnes atteintes de DM1. Ces données suggèrent que MTMR1 joue un rôle dans la formation du muscle et représente un nouveau site d'altération de l'épissage de l'ARNm.
Dans les cellules DM1, l’ARN mutant codé par le gène
DMPK, s’accumule dans le noyau et se lie avec de nombreuses protéines pour former un foyer intranucléaire anormal. Il s’ensuit de nombreuses modifications fonctionnelles dans la cellule telles qu’une altération de l’épissage de l’ARN du récepteur à l’insuline (RI). Parmi les molécules interagissant avec l’ARN DMPK mutant, les chercheurs ont identifié les protéines «
muscleblind » MBNL1 et MBLN2. Une équipe américaine a montré (février 2005) que la séquestration de MBNL1 par l’ARN DMPK mutant est le facteur déterminant de la formation du foyer et de la synthèse anormale du récepteur à l’insuline.
Les résultats d’une étude (juillet 2005) ont mis en évidence un niveau élevé de stress oxydatif chez les patients atteints de DM1 par rapport au groupe contrôle, confirmant ainsi un rôle pathogène des radicaux libres dans cette maladie.
Modifications dans le système nerveux central : En avril 2003, lors du 4è congrès du Consortium International sur la dystrophie myotonique (DM), plusieurs communications ont montré l'implication du système nerveux central dans la DM.
Des inclusions ribonucléiques (semblables à celles trouvées dans le muscle atteint de DM) sont présentes dans 85% des neurones répartis dans le cerveau chez les personnes atteintes de dystrophie myotonique de Steinert (ou dystrophie myotonique de type 1, DM1).
La dégénérescence neurofibrillaire qui correspond à une accumulation de protéines tau anormales dans les neurones est présente dans le cerveau des personnes atteintes de DM1 et DM2. La protéine tau appartient à la famille des protéines associées aux microtubules. Elle joue un rôle primordial dans la constitution du réseau des microtubules du neurone. Elle est reconnue dans plusieurs maladies du cerveau telles que la maladie d'Alzheimer. Elle pourrait être impliquée dans les troubles cognitifs parfois rencontrés dans la DM1.
Pistes thérapeutiques Une équipe canadienne a construit des vecteurs (ribozyme, antisens) pour détruire les ARN mutés et a obtenu une amélioration de l'état de cellules musculaires des patients. En collaboration avec des équipes françaises, ces vecteurs sont actuellement testés sur un modèle de souris DM1.
Une autre approche possible est l'utilisation d'agents pharmacologiques pour moduler l'instabilité des CTG dans le but de freiner la progression de la maladie. Plusieurs agents sont testés dans des modèles cellulaires avant d'être utilisés dans les modèles de souris.
L’équipe de J. Puymirat (Québec) a développé plusieurs techniques permettant de détruire les ARN mutés. Ils ont ainsi détruit près de 80 % de l'ARNm mutant dans des myoblastes humains traités
in vitro., permettant de restaurer le mécanisme de fusion normale des myoblastes et l'action de l'insuline. L’efficacité de cette technique va être étudiée sur un modèle souris. Les chercheurs espèrent développer par la suite un essai chez l’homme dans 3 ou 4 ans.
Un essai clinique de phase II dans le traitement de la maladie de Steinert (ou DM1) avec la molécule iPlex a été annoncé (janvier 2006) par l’entreprise de biotechnologie Insmed, l’Université de Rochester et la MDA (Muscular dystrophy Association). Ce composé est capable de restaurer et de maintenir le niveau du facteur de croissance IGF-1 (Insulin Growth Factor 1). Son utilisation dans la DM1 est basée sur des résultats préliminaires démontrant qu’IGF-1 peut restaurer et préserver la force musculaire.
Quoi de neuf sur les essais thérapeutiques ?
Pour connaître les essais thérapeutiques (terminés, en cours et à venir), consulter la rubrique « La recherche - Essais thérapeutiques ».