Dystrophies musculaires d'Emery-Dreifuss

Autres appellations : DMED, DMED liée à l'X, DMED autosomique dominante, DMED autosomique récessive

Mise à jour :
Juin 2006, Tuy Nga Brignol (M.D.); validation, J. Andoni Urtizberea (M.D.), copyright AFM


Que sont les dystrophies musculaires d'Emery-Dreifuss ?
Ce sont des maladies musculaires d’origine génétique lentement progressives et débutant dans l'enfance ou l'adolescence.
Il s'agit de maladies génétiques relativement rares.
Deux principaux modes de transmission existent : récessive liée au chromosome X ("Dystrophie musculaire d'Emery-Dreifuss liée à l'X'') et autosomique dominante (''Dystrophie musculaire d'Emery-Dreifuss autosomique dominante"). Il existe aussi de très rares formes à transmission autosomique récessive ("Dystrophie musculaire d'Emery-Dreifuss autosomique récessive'').

Comment se manifestent-elles ?
Elles sont caractérisées par des rétractions musculaires localisées aux coudes, aux tendons d'Achille et à la nuque. Puis s'installent une faiblesse et une fonte musculaires qui débutent aux bras et aux jambes. L’atteinte du muscle cardiaque est quasi-constante, à un stade plus ou moins précoce de la maladie sans corrélation avec l’atteinte musculaire des membres : classiquement, la personne atteinte de maladie d'Emery-Dreifuss a les coudes fléchis, elle marche sur la pointe des pieds et a des difficultés à pencher la tête en avant. Elle a du mal à lever les bras en l'air, à porter les objets lourds et a tendance à trébucher sur les reliefs du sol. Par la suite, surviennent des difficultés pour monter les escaliers et pour se relever d'un siège bas.
D'une façon générale, le sujet peut se plaindre de malaises, de palpitations, de sensations vertigineuses brèves, voire de syncopes répétées. Le pouls est souvent anormalement lent. En cas d'insuffisance cardiaque, un essoufflement apparaît. La survenue d'une fatigue excessive est également possible. L'atteinte cardiaque doit être impérativement dépistée, surveillée et soignée.

Comment fait-on le diagnostic ?
Le diagnostic se fait par l'interrogatoire et l'examen clinique du malade, puis par des examens complémentaires qui vont mettre en évidence l'atteinte des muscles et du coeur. La précocité et l’importance des rétractions, notamment aux coudes et du rachis cervical, sont très évocatrices, mais pas spécifiques (on peut les voir dans d’autres myopathies).
Le diagnostic cliniquement suspecté sera confirmé par la mise en évidence de mutations dans l’un des deux gènes responsables de la dystrophie musculaire d’Emery-Dreifuss : celui codant pour l’émerine et celui codant pour la lamine A/C.

Comment évoluent-elles ?
L'atteinte musculaire évolue lentement, permettant le plus souvent au patient de patient de marcher jusqu’à un âge très avancé et de mener une vie quasi-normale.
C’est l’atteinte cardiaque qui fait toute la gravité de la maladie. La présence de troubles de la conduction rend très souvent nécessaire l'implantation d'un pace-maker (électro-stimulateur) (pour normaliser le rythme des battements du cœur et éviter le risque de mort subite). Dans le cas des laminopathies, un défibrillateur implantatable est désormais récommandé. La prescription de médicaments, voire une transplantation cardiaque, destinées à corriger une éventuelle insuffisance cardiaque sont également envisageables.

Que peut-on faire ?
La surveillance de la fonction cardiaque est primordiale, tous les 6 mois, afin de juger de la nécessité d'implanter un pace-maker (électro-stimulateur).
La kinésithérapie vise à limiter les rétractions. Une intervention chirurgicale est parfois nécessaire afin d'allonger les tendons d'Achille devenus trop courts pour permettre une marche normale.

À quoi sont-elles dues et où en est la recherche ?
La forme de dystrophie musculaire d'Emery-Dreifuss liée à des mutations sur le chromosome X (région Xq28) est due à l'absence de l'émerine, une protéine normalement située à la face interne de l'enveloppe qui entoure les noyaux cellulaires. Son rôle est encore inconnu.

La forme autosomique dominante, liée à des mutations sur l'un des deux chromosomes 1 (région 1q11-q23) dans le gène LMNA, est due à l'altération des lamines A/C, protéines localisées à la face interne de l'enveloppe nucléaire. Des mutations du gène LMNA codant les lamines A/C sont également observées dans un nombre grandissant d'autres pathologies génétiques dont certaines sont neuromusculaires: dystrophie musculaire des ceintures (type 1B), maladie de Charcot-Marie-Tooth (forme axonale autosomique récessive de type 2), cardiopathie dilatée associée à des troubles du rythme cardiaque et lipodystrophie partielle familiale (forme autosomique dominante ou syndrome de Köbberling-Dunnigan) et dysplasie acro-mandibulaire et syndromes du vieillissement prématuré (progeria ou syndrome d’Hutchinson-Gilford).
Le processus de maturation de la lamine A dépend d’une enzyme appelée ZMPSTE24 ou FACE-1. En l’absence de FACE-1 ou en présence de certaines mutations précises de LMNA, la pré-lamine A ne subit pas sa phase de maturation habituelle et s’accumule dans le noyau. Des études in vitro et in vivo (2005) sur des modèles de souris des laminopathies ont montré que la réduction du niveau de pré-lamine A peut corriger, de façon stable, les anomalies des noyaux cellulaires atteints ainsi que les anomalies cliniques.

Actuellement, il existe uniquement des modèles animaux visant à reproduire les formes autosomiques dominantes de DMED. Il s'agit d'un modèle de souris dépourvu du gène des lamines A/C. En avril 2003, des études de myoblastes de souris ont démontré que l'émerine et les lamines A/C sont liées à l'actine dans le muscle mature ainsi qu'aux stades tardifs de différenciation du myotube. Ces données démontrent l'interaction modulatrice entre l'émerine et l'actine dans la cellule musculaire.
Dans une étude publiée en janvier 2005, une équipe française a créé une souris homozygote pour la mutation H222P du gène LMNA. Cette mutation est retrouvée fréquemment chez des patients atteints de DMED AD.

Ce groupe de dystrophies musculaires fait l’objet de recherches intensives notamment au niveau européen. Après été réuni au sein du consortium « Euromen » financé par Bruxelles, les chercheurs viennent d’obtenir en 2005 un nouveau contrat européen pour fédérer ces efforts sous la houlette du Dr. Roland Foisner.

Nouveaux modèles :
Un modèle de souris présentant des signes d'atteintes musculaires et cardiaques similaires à ceux observés chez l'homme atteint de DMED vient d'être obtenu par une équipe française à l'Institut de Myologie.
Une étude publiée en février 2004 montre que des clones de cellules musculaires de souris C2C12 surexprimant une lamine A et possédant une mutation responsable de la forme AD-DMED se différencient difficilement en myotubes. Ces clones sont un bon modèle d'étude des mécanismes moléculaires de la DMED in vitro.

Mécanismes physiopathologiques :
Le transfert du gène LMNA dans des fibroblastes de souris dépourvus de lamine montre que les mutations dans la région C-terminale de la lamine A empêche la protéine de se lier à l'émerine. Les mutations de la région centrale produisent des défauts d'assemblage des lamines sans modifier la localisation de l'émerine.
De plus, uUne étude publiée en 2003 et réalisée sur des fibroblastes de patients exprimant ou non les lamines A/C montre que celles-ci sont nécessaires à l'ancrage correct de l'émerine dans la membrane nucléaire. L'émerine et les lamines sont donc en interaction étroite dans le noyau.

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