Glycogénose de type II

Autres appellations : maladie de Pompe, déficit en alpha-1,4-glucosidase acide, déficit en maltase acide

Mise à jour :
juin 2006, Tuy Nga Brignol, (M.D.), J.Andoni Urtizberea, (M.D), copyright AFM


Qu'est-ce que la glycogénose de type II ?


La glycogénose de type II fait partie du groupe de maladies métaboliques génétiques, les glycogénoses.
La glycogénose de type II est due à un défaut d'activité de l'enzyme maltase acide (ou alpha-1,4-glucosidase acide), localisée dans les lysosomes (petites poches renfermant des enzymes et localisées dans le cytoplasme des cellules). Le déficit en maltase acide empêche la dégradation du glycogène en glucose au niveau des lysosomes des cellules.
Il en résulte une accumulation excessive de glycogène dans les lysosomes des cellules de différents organes (cœur, foie, muscle, ... ).
C'est une maladie à transmission autosomique récessive.
La glycogénose de type II se manifeste sous des formes différentes, selon l'âge de début et les organes atteints.

Comment se manifeste-t-elle ?
Selon l'âge de début de la maladie, on peut distinguer trois formes.
La forme infantile est la plus fréquente et la plus grave. Elle débute avant 3 mois. Elle se manifeste par une hypotonie : le nourrisson est tout mou et semble s'affaisser, il a des difficultés pour téter et avaler. Les muscles ne sont pas diminués de volume. Au contraire, on peut noter une pseudohypertrophie musculaire au niveau des mollets mais aussi de la langue. L'atteinte des muscles respiratoires se traduit par une insuffisance respiratoire. Le cœur est rapidement défaillant et habituellement très gros (cardiomégalie).
Des auteurs néerlandais ont signalé des cas fréquents de surdité dans cette forme. Dans les formes juvéniles, la maladie débute chez l’enfant plus grand. La perte de force musculaire est toujours présente. D'une façon générale, il n'y a pas d'atteinte cardiaque. Elle se manifeste par un retard à la marche (si l'âge du début est précoce), des difficultés de la marche et une atteinte des muscles respiratoires.

La forme adulte de la maladie survient au-delà de 20 ans (entre 20 et 70 ans), sans atteinte cardiaque. Elle se manifeste par une faiblesse musculaire lentement évolutive évoquant une myopathie des ceintures : atteinte du tronc et une atteinte plus importante des membres inférieurs par rapport aux membres supérieurs. Les muscles de la hanche (ceinture pelvienne), les muscles le long de la colonne vertébrale (paravertébraux) et le diaphragme sont les plus atteints. Parfois, le tableau clinique peut ressembler à celui d’un rigid spine. L’atteinte respiratoire est quasi-constante et peut être au premier plan, le déficit moteur étant plus discret. La maladie peut se manifester par une insuffisance respiratoire : somnolence dans la journée, maux de tête nocturnes ou lors du réveil, difficultés pour respirer lors de l'effort (dyspnée d'effort) ou en position allongée (orthopnée).

D’après une étude hollandaise (mars 2005) sur l'histoire naturelle de la maladie de Pompe à début tardif chez 54 patients hollandais (âge moyen au moment de l’étude 48,6 ans), les premiers symptômes se sont déclenchés à l'âge moyen de 28 ans et 58% des patients déclarent avoir ressenti des gênes musculaires modérées dès l'enfance. Les symptômes fréquemment rapportés  étaient la fatigue et la douleur.

Comment fait-on le diagnostic ?
Le diagnostic de la glycogénose de type II est basé sur la mise en évidence de l'absence ou du déficit de l'enzyme maltase acide. L'examen est pratiqué par prélèvement sanguin sur les globules blancs (leucocytes), dans les cultures de certaines cellules du tissu de soutien (fibroblastes) de la peau et par prélèvements de tissu musculaire et/ou de foie (biopsies musculaires et/ou hépatiques).
L'analyse de la biopsie musculaire montre une accumulation de glycogène (de structure normale) dans les vacuoles.
L'électromyogramme montre souvent des anomalies myogènes. L'électrocardiogramme et l'échographie révèlent des anomalies caractéristiques d'un gros cœur dans les formes infantiles.
Le diagnostic moléculaire réalisé à partir de l'ADN (après prélèvement de sang) est à réaliser à cause de l'existence d'une cinquantaine de mutations connues à ce jour. Il est cependant indispensable dans les formes atypiques et en cas de diagnostic prénatal.
Le diagnostic prénatal, proposé en début de grossesse (amniocentèse) aux mamans des familles où la maladie est déjà présente permet de dépister la forme infantile de la maladie. Il s'effectue sur des biopsies de placenta (trophoblastes) entre 11 et 13 semaines d'aménorrhée.

L'analyse de l'ADN pour détecter les porteurs sains de la glycogénose de type II a été proposée à partir de prélèvement sanguin (globules blancs) ou musculaire mais l'interprétation des résultats est complexe. L'analyse de l'ADN, basée sur la connaissance des mutations familiales permet de faire le diagnostic dans la majorité de cas.

Une méthode de mesure non traumatique de la quantité de glycogène par spectroscopie à résonance magnétique nucléaire (NMR) a été publiée en septembre 2003. Elle permet d'effectuer des mesures
répétées du taux de glycogène en divers sites musculaires et de suivre le développement de la maladie, ainsi que d'étudier le rôle de l'accumulation du glycogène dans la maladie de Pompe.

Comment évolue-t-elle ?
L'évolution est variable selon les formes.
En général, dans la forme infantile, l'enfant ne peut pas tenir sa tête, n'a pas les activités motrices normales de son âge. Le volume du foie augmente progressivement. La progression du déficit moteur est rapide. L'atteinte du muscle cardiaque et des muscles respiratoires, l'accumulation de glycogène dans le cerveau et les muscles conduisent à une issue défavorable en quelques mois ou années.
Dans la forme juvénile, la maladie progresse plus lentement que dans la forme infantile. L'accumulation de glycogène dans les organes varie selon les cas. L'espérance de vie est plus longue.
Dans la forme adulte, la gravité de l'affection dépend de l'atteinte des muscles respiratoires. La maladie n'influence pas en général la durée de vie. La gravité de l'affection dépend plutôt de l'atteinte des muscles respiratoires. Les problèmes cardiaques et hépatiques sont absents.

Que peut-on faire ?
Le diagnostic précoce permet de mettre en place une prise charge adaptée. Un régime riche en protides est recommandé. Un suivi régulier des fonctions respiratoires est cardiaque doit être réalisé.
Limiter les efforts, aménager des temps de repos, surveiller le régime alimentaire, lutter contre les infections respiratoires font partie des mesures permettant de mieux vivre au quotidien. La ventilation assistée permet d'améliorer les fonctions respiratoires en cas d'insuffisance respiratoire chronique.
L’autorisation de mise sur le marché d’une enzyme recombinante (alglucosidase alpha), pour le traitement de la maladie de Pompe, est autorisée en Europe depuis mars 2006.

À quoi est-elle due ?
Dans la glycogénose de type II, l'enzyme maltase acide (ou alpha-1,4-glucosidase acide) est défectueuse ou absente. Ceci empêche la dégradation du glycogène en glucose dans les lysosomes localisés dans le cytoplasme des cellules. Il en résulte une accumulation excessive de glycogène dans les lysosomes de différents organes (cœur, foie, muscle, ... ).
Le gène qui code la maltase acide ou alpha glucosidase acide (gène GAA) est localisé dans la partie distale du bras long du chromosome 17, en 17q23. L'identification de nombreuses mutations (une cinquantaine de mutations connues) est conforme à la diversité des formes cliniques de la maladie.
La glycogénose de type II se transmet sur le mode autosomique récessif .
La fréquence du porteur sain (hétérozygote) est estimée à 1/100. Le nombre de naissances de sujets atteints de la maladie de Pompe est d'environ 1/40 000 naissances.
En mars 2004, 3 mutations ont été identifiées chez 3 patients italiens présentant la forme infantile de la maladie de Pompe.

Où en est la recherche ?
Une équipe américaine a évalué (janvier 2005) l'effet de l'injection de plusieurs souches d'adénovirus recombinant associé au gène AAG (rAAV5 ou rAAv8) dans le foie de souris modèles de la maladie de Pompe. Chez les souris rendues immunotolérantes, la restauration du niveau d'AAG a été efficace dans tous les muscles affectés, à l'inverse des souris ayant une activité immunitaire normale. Ces résultats confirment le potentiel thérapeutique d'une thérapie génique directement ciblée sur le foie et soulignent l'importance de comprendre et de contrôler la réponse immunitaire contre le transgène.

Parallèlement au traitement basé sur le remplacement de l’enzyme GAA, une des pistes thérapeutiques pour la glycogénose de type II consiste à remplacer le gène GAA « malade » par un gène GAAsynthétique apporté dans l’organisme par un vecteur viral AAV (associated adeno virus).

Une équipe américaine a développé (novembre 2005) des constructions virales - AAV-LSPhGAApA - ciblant spécifiquement le foie et n’exprimant le gène  humain que dans cet organe. Une administration de ces vecteurs par voie intraveineuse chez des souris modèles de la maladie (gène GAA supprimé) a entraîné une restauration durable de l’expression et de l’activité de la protéine GAA ainsi qu’une diminution de l’accumulation du glycogène dans les muscles squelettiques et cardiaque.
Une injection intraveineuse de vecteurs adénoviraux modifiés exprimant hAAG (ayant déjà fait preuve d’efficacité chez des jeunes souris AAG-/AAG-) a été administrée aux souris âgées AAG-/AAG-. Les résultats ont montré l’efficacité du traitement. L’expression de hAAG reste conservée dans les muscles âgés des souris

En étudiant des souris modèles de la maladie de Pompe, des chercheurs néerlandais ont mis en évidence un stockage anormal de glycogène dans des cellules de la cochlée (partie antérieure de l'oreille interne contenant des cellules ciliées qui sont les récepteurs neurosensoriels de l'audition), cause probable de la déficience auditive des penfants atteints de la maladie de Pompe.

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