Comment fait-on le diagnostic ?
Vu sa fréquence, notamment dans certaines populations à forte endogamie, le diagnostic de dysferlinopathie doit être évoqué systématiquement devant toute myopathie des ceintures autosomique récessive, sans atteinte cardiaque, débutant à la fin de l’adolescence,
a fortiori si l’examen clinique révèle une composante distale au niveau des membres inférieurs. Ceci est néanmoins difficile dans les cas sporadiques, dans les formes atypiques ou les formes vues tardivement.
Les examens de débrouillage montrent une élévation franche des CPK (jusqu’à 50 fois la normale) et une atteinte de type myopathique à l’électromyogramme. L’imagerie musculaire (scanner ou IRM) est un bon élément d’orientation surtout si une composante distale (atteinte des muscles des mollets) est mise en évidence même à un stade infra-clinique.
La confirmation du diagnostic passe d’abord par une biopsie musculaire. Outre les aspects dystrophiques, on note souvent la présence de cellules inflammatoires. Ces aspects inflammatoires sont parfois si marqués qu’un certain nombre de patients sont initialement mal diagnostiqués et considérés pendant des années comme des patients atteints de polymyosite (myopathie inflammatoire d’origine auto-immune) et traités comme tels.
La clé du diagnostic repose sur l’étude du marquage de la dysferline au niveau de la membrane musculaire. Dans les cas les plus typiques, on note une absence complète de ce marquage ou une réduction très importante. Ceci est généralement confirmé par des études semi-quantatives en
Western-Blot sur les mêmes prélèvements musculaires. En complément, voire même comme examen de première intention dans certaines équipes (ou quand la biopsie musculaire s’avère impossible à réaliser), la dysferline peut être dosée à l’intérieur des monocytes, des cellules sanguines circulantes récupérées par une simple prise de sang. Après ultracentrifugation et isolement des monocytes, on visualise très bien la présence ou l’absence de dysferline. Un kit à visée diagnostique est désormais commercialisé par Athena Corp.
Du fait de l’existence de diminution secondaire du marquage de la dysferline membranaire dans d’autres pathologies musculaires, notamment dystrophiques, la preuve formelle d’une dysferlinopathie primitive de type LGMD 2B ne peut venir, en théorie, que de la mise en évidence de deux mutations pathogènes au niveau du gène
DYSF codant pour la dysferline. Cet objectif est, en pratique, très difficile à atteindre du fait de la très grande taille du gène et de la dispersion des très nombreuses mutations. Il n’y a pas de mutations connues de
DYSF susceptibles de donner plutôt un tableau de LGMD 2B ou un tableau de myopathie distale de type Miyoshi. De façon générale, et comme l’a montré une étude française récente, les corrélations entre les mutations et le tableau clinique (présentation, évolution) ne sont pas faciles à établir.