Toutes les dystrophies musculaires congénitales (DMC) sont des
maladies d’origine génétique. Elles ne sont pas dues à un microbe (bactérie ou virus) : elles ne "s’attrapent" donc pas.
Les DMC sont liées à des anomalies de l'ADN (mutations) qui sont généralement transmises par les deux parents. Il existe aussi de très rares cas de DMC d'Ullrich, où l'anomalie de l'ADN n'est pas transmise par les parents mais se produit de façon spontanée pour la première fois chez la personne malade (
néomutation ou "mutation de novo").
Les anomalies génétiques à l'origine des DMC, conduisent généralement au déficit d'une
protéine donnée, cette
protéine pouvant avoir une fonction essentielle pour la cellule musculaire en particulier. Jusqu'à présent, 10
protéines différentes impliquées dans les DMC ont été identifiées : la mérosine, le
collagène VI, l'
intégrine alpha7, la FKRP, la fukutine, POMT1, POMT2, POMGnT1, LARGE et la sélénoprotéine 1.
La mérosine (appelée aussi
laminine alpha2 et impliquée dans la mérosinopathie primaire) et le
collagène VI (impliqué dans la DMC de type Ullrich) sont des
protéines situées à l'extérieur de la cellule musculaire. Elles appartiennent à l'emballage des cellules musculaires (
matrice extracellulaire).
L'
intégrine alpha 7 (impliquée dans une forme très rare de DMC) est une
protéine qui traverse de part en part la membrane de la
fibre musculaire. A l'intérieur de la cellule, elle est liée à des
protéines du
cytosquelette comme l'actine. A l'extérieur de la cellule, l'
intégrine alpha7 se lie à des molécules de la
matrice extracellulaire comme la
laminine et le
collagène.
La FKRP, la fukutine, POMT1, POTM2, POMGnT1 et LARGE (associées au groupe des alpha-dystroglycanopathies) sont des
protéines impliquées directement ou indirectement dans le bon fonctionnement de l'
alpha-dystroglycane. Or, l'
alpha-dystroglycane appartient à un ensemble ou complexe de
protéines qui traverse la membrane de la cellule musculaire et assure un lien physique entre l'extérieur de la cellule et l'intérieur de la cellule, comme l'
intégrine alpha 7.
Ainsi, ces différentes
protéines impliquées dans les DMC participent, chacune à leur niveau, au maintien d'une liaison entre l'intérieur et l'extérieur de la cellule. Ce système d'amarrage entre les deux milieux permet à la cellule musculaire de s'adapter aux contraintes mécaniques, en particulier aux déformations qu'elle subit lors d'une contraction du muscle.
Dans les DMC, le déficit en l'une ou l'autre de ces
protéines entraînerait un dysfonctionnement de ce système d'amarrage. Le lien entre l'extérieur et l'intérieur de la cellule musculaire serait alors rompu, entraînant, au fil du temps, une altération de la membrane cellulaire par les contractions répétées et, à terme, une fragilisation de la cellule musculaire dans son ensemble.
Cette hypothèse de mécanisme pathologique est séduisante car elle établit un lien moléculaire entre les différentes DMC, mais elle n'a pas encore été clairement démontrée en laboratoire. En outre, la sélénoprotéine 1 (impliquée dans le syndrome de la colonne raide) n'a pas encore trouvé sa place dans ce mécanisme. La fonction de la sélénoprotéine 1 au sein du muscle est mal connue, même si des études récentes ont suggéré qu'elle jouerait un rôle dans l'architecture musculaire chez le poisson zèbre (
modèle animal très utilisé par les chercheurs).